20.12.2008

D'où nous vient la crise financière et économique qui nous tombe dessus ?

Nous vivons et allons sans doute vivre la plus grave crise économique depuis la grande récession des années 1930.

Il  est tentant de désigner des boucs émissaires à la vindicte publique : banquiers ayant perdu des milliards, traders aux rémunérations faramineuses, patrons de grandes entreprises aux salaires exorbitants, parachutes dorés, etc …

Tous ont leur part de responsabilités et méritent une "correction", mais ils ne sont que les instruments visibles, pris au piège d’une croyance économique qui s’écroule.

L’épicentre des responsabilités se situe en effet aux Etats-Unis lorsque, dans les années 1970, les conservateurs (néo-libéraux) et des économistes, dont la figure de proue fut Milton FRIEDMAN, bâtissent une théorie économique qui prône :

·         Un marché totalement libre et globalisé au plan mondial, apte à créer sans fin de nouvelles richesses, chaque région du monde exploitant ses atouts pour fournir aux autres ce qu’elle sait le mieux faire, au prix le plus bas,

·         Un marché libre qui régulera de lui-même les échanges commerciaux beaucoup mieux que toute réglementation ou régulation humaine (la main invisible du marché)

·         Chaque citoyen est responsable individuellement de son avenir et la collectivité n’a pas à s’en charger, ou le moins possible

·         En corollaire : moins il y a d’Etat, moins on prélève d’impôts et mieux l’économie se porte

·         La somme des égoïsmes individuels poussant chacun à la réussie personnelle entraînera la réussite collective.

En réalité, pour les conservateurs, il s’agissait de casser des organisations syndicales puissantes et de faire éclater le système économique et social issu du new-deal mis en place par Franklin ROOSEVELT après la grande dépression.

En effet, cette politique, notamment par une fiscalité dure aux riches et des organisations syndicales puissantes, avait abouti à une échelle des revenus resserrée qui a permis l’émergence d’une large classe moyenne disposant d’un niveau de vie très élevé.

Quoi de plus efficace que de mettre les salaires «bien payés» des pays développés en concurrence avec les salaires «sous-payés» des pays sous-développés pour casser la progression du pouvoir d’achat des premiers ?

Cette théorie économique fut mise en pratique au plan politique par les deux figures de proue du néo-libéralisme que furent Ronald REAGAN aux Etats-Unis et Margaret THATCHER en Angleterre, bien accompagnés par le Directeur de la Banque Centrale américaine, Alan GREENSPAN et le dernier Président des Etats-Unis.

Elle fut diffusée à travers le monde entier par maints instituts de recherche économique comme une vérité d’évidence dont les premières réussites séduisirent économistes et dirigeants politiques pour devenir la pensée unique d’un capitalisme triomphant.

Hélas, sans boussole, ni contrôle sérieux, sans autre objectif que de faire de l’argent avec de l’argent le plus possible et le plus vite possible, le système s’écroule.

L’objectif de ces promoteurs est toutefois atteint. En effet, entre 1976 et 2006, l’augmentation de la valeur nette produite par salaire, en dollars, corrigée de l’inflation, a augmenté de 47,9% aux Etats-Unis mais la plus grande partie de ce gain est allé aux 10% les plus aisés. Les 90% les moins aisés ont vu leur niveau de vie assez peu augmenter, et les 10% les plus pauvres l’ont vu baisser.

En réalité, les vrais responsables du cataclysme actuel sont bien ceux qui ont théorisé, mis en pratique et diffusé à travers le monde le concept d’une économie mondialisée et dérégulée, sans contrôles ni stabilisateurs.

Si  la situation n’était pas aussi grave, on pourrait rire de voir les mêmes (ou leurs successeurs) appeler les Etats à l’aide en les endettant de sommes colossales pour nationaliser de fait des pans entiers de l’économie.

Il va nous falloir reconstruire une économie de marché destinée à améliorer le sort à long terme du plus grand nombre … en somme un nouveau new-deal !

 

 

ROGER TIXIER

 

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