23.02.2009
Du mal-être au bien-être au travail
Dans une note précédente, nous avons alerté sur le mal-être profond des salariés au travail (étude SAMOTRACE). Nous allons tenter de tracer le portrait d'une entreprise qui vise bien-être au travail et efficacité à long terme.
Tout être humain porte en lui une dualité, à dose variable chez chacun :
- Côté lumière, il est plutôt social, généreux, porté vers l'effort , relativement désintéressé, plutôt solidaire, en somme porté vers le collectif.
- Côté ombre, il peut être individualiste, égoïste, cupide, narcissique, destructeur, manipulateur, à son profit exclusif.
Il semble que depuis une vingtaine d'années, la politique économique néolibérale s'est ingéniée à activer les côtés « « ombre » de chaque individu pour parvenir à ses fins. Quand on a décrypté leurs buts, les initiateurs de cette politique semblent avoir eux-mêmes de forts penchants pour le côté ombre.
La répartition inéquitable des résultats du travail a profit des plus riches, des modes d'organisation exerçant de lourdes pressions pour améliorer la productivité, un chômage qui impose le silence pour ne pas perdre son gagne-pain, des modes de rémunération fixés à la performance individuelle qui cassent les solidarités, des rémunérations de commerciaux à la commission qui interdisent un conseil objectif du client, une hiérarchie qui se protège à coup de notes de service, des organisations syndicales peu efficaces sur le terrain, de grands patrons qui ne peuvent pas augmenter les salariés, licenciant sans état d'âme ... mais s'octroient des rémunérations royales ... voilà les ingrédients du mal-être d'aujourd'hui et probablement de la révolte de demain.
Il est donc urgent de changer de cap et de passer de l'économie de presse-citron sans fin au profit de quelques-uns à une économie sociale de marché consciente de ses responsabilités.
Nous avons besoin de ces entreprises citoyennes pour inverser le cycle morbide dans lequel nous sommes engagés. Heureusement, il en existe et on sait comment elles fonctionnent pour la plus grande satisfaction de leurs salariés et de leurs clients.
Nous allons essayer de retracer les éléments essentiels qui fondent ce type d'entreprise :
1. Elles mettent le sort des hommes et des femmes au centre des débats sur l'organisation d'une société. L'économie n'est qu'un moyen de parvenir à l'amélioration du sort du plus grand nombre, fin ultime de toute société. C'est le seul combat qui vaille en fin de compte.
2. Elles considèrent leurs clients et leurs salariés comme la première richesse de l'entreprise bien que leur valeur ne soit pas inscrite au bilan et elles ont compris qu'il y a une relation évidente entre des salariés heureux au travail et des clients satisfaits. Ce duo est le seul capable d'assurer la réussite à long terme.
3. Elles savent que la réussite de l'entreprise repose sur la mobilisation de 95% du personnel. Une élite de quelques dizaines de personnes, aussi brillante soit-elle, ne suffit pas à faire une entreprise performante, elle ne sert même à rien si le reste ne suit pas.Cette prise de conscience entraîne donc considération égale pour tous et équité à l'égard de chacun. L'élitisme est donc à bannir et le collectif solidaire à promouvoir.
4. L'exemple vient d'en haut, ce qui suppose que les cadres dirigeants soient crédibles. Prôner l'impossibilité d'augmenter les salaires et s'attribuer de confortables augmentations déconsidère définitivement les dirigeants.
5. Une échelle des salaires relativement étroite entre la base et le sommet facilite grandement la cohésion. L'important est d'ailleurs de se mettre d'accord sur cette échelle et s'y tenir. (Il faut toutefois faire une situation spécifique au chef d'entreprise qui risque ses propres deniers, ce que personne ne contestera).
6. L'argent n'est pas le seul moteur de la motivation des salariés, ce n'est même pas le plus important (sauf pour les bas salaires): la considération, la sécurité, la confiance, l'équité, le confort psychologique, la possibilité d'agir, la fierté d'appartenir à une entreprise respectable et respectée, sont de puissants moteurs de motivation.
7. Une entreprise se gère sur le long terme et non pas le nez sur le guidon. C'est le rôle des dirigeants de réfléchir loin devant pour donner le sens de l'avenir. C'est même la seule vraie mission avec le respect de la culture d'entreprise qu'ils ne peuvent pas déléguer. Incapables de cet effort prospectif, il vaut mieux qu'ils choisissent un autre métier!
8. Le vrai pouvoir, celui qui permet d'agir, est celui que vous reconnaissent les gens que vous dirigez, pas celui dont vous ont honoré vos supérieurs: ce stade atteint, les relations hiérarchiques sont très fluides et débarrassées des rigidités protocolaires habituelles.
9. Laissons aux salariés (et pas seulement aux cadres) la plus grande autonomie possible avec son corollaire, la responsabilité assortie sur droit à l'erreur. Beaucoup de problèmes se règlent alors d'eux-mêmes.
10. L'information doit pouvoir circuler, sans censure, du haut en bas et du bas en haut de l'entreprise. Pour y parvenir, une seule solution: une ligne hiérarchique aussi courte que possible (3 niveaux). Les structures pyramidales empilant les niveaux hiérarchiques bloquent tout.
11. Point d'esprit d'équipe et de solidarité possible avec des objectifs et une rémunération au mérite individuel.
Revenons donc à une rémunération fixe et fonction du poste occupé. Elle sera stimulée :
- Par une participation aux résultats répartie pour 50% par parts égales et pour 50% en fonction du salarié par solidarité
- Par une promotion des meilleurs sans condition d'âge ni d'ancienneté.
12. La rémunération à la commission pour les commerciaux ne permet pas un comportement honnête à l'égard du client (on vend toujours le produit le mieux commissionné qui est rarement le meilleur).
13. La culture d'entreprise, c'est-à-dire ses règles éthiques et ses objectifs à long terme, donne le sens à condition d'être acceptée.
En conclusion :
- Autonomie et responsabilité (pour chacun)
- Considération et équité (pour tous)
- Equipe et solidarité (pour cimenter l'ensemble)
feront des salariés heureux et fiers de leur entreprise pour le plus grand bien de l'économie française.
Nous sommes bien loin des patrons du CAC 40 et de leurs comportements indécents mais sans doute très près des PME qui rament sur le terrain.
La remise des pendules à l'heure peut être le bon côté de la crise économique actuelle.
ROGER TIXIER
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